à noter : le GAEC n’a pas la gestion de l’enclave légèrement embroussaillée rectangulaire que l’on voit moins enneigée sur la photo.
Le 3 février 2026, le GAEC de Belle étoile a accueilli un après-midi d’échange sur une parcelle qui a bénéficié du dispositif d’aide de la Communauté de Communes Le Grésivaudan.
Lors de cet après-midi :
– une présentation technique assurée par l’ADDEAR a servi de base d’échanges et de retour d’expérience par ceux qui ont déjà mené ce type de projet,
– les nouveaux porteurs de projet intéressés par cette aide en 2026 ont pu échanger sur les points administratifs et techniques en suspend,
– un focus spécifique sur les autorisations environnementales liées à ce type de projet a été apporté par la Chambre d’Agriculture de l’Isère,
– Alexandre du GAEC de Belle étoile a pu illustrer son projet sur ses parcelles.
Ce projet de réouverture initié en 2021 concerne d’anciennes parcelles boisées collées à leur parcellaire. Le propriétaire y avait fait une coupe de bois et n’avait pas de projet pour la suite.
Différentes personnes présentes partagent que le gain sur une coupe de 50 ans comparé à un fermage (modulé selon l’inflation/le niveau de vie des 50 dernières années) n’est pas toujours beaucoup plus intéressant. Aussi, sur le massif, certains propriétaires forestiers peuvent être ouverts à des propositions de reconversion du parcellaire en prairie après coupe, il ne faut pas hésiter à solliciter le Groupement des sylviculteurs de Belledonne qui peut être un relai local de certaines opportunités.
L’objectif pour le GAEC était de gagner en surface de pâturage pour pouvoir augmenter le nombre d’UGB car leur bâtiment n’était pas encore utilisé à pleine capacité. Ils ont ainsi pu augmenter le gabarit de leurs bêtes, et pour eux, la surface réouverte permettait d’agrandir un parc déjà utilisé, ce qui n’a pas augmenté la charge de travail associée (cela leur permet au contraire de laisser leurs animaux plus longtemps dans ce secteur).
Cependant, le GAEC continue aujourd’hui de compléter la ration de ses laitières au bâtiment l’été donc le système n’est peut-être pas encore tout à fait optimisé. Ils ont d’autres projets de réouverture par ailleurs.
Après la coupe et l’évacuation des troncs (branches laissées sur place), deux passages de broyeur ont été réalisés par un prestataire (broyeur forestier sur chenilles à conducteur embarqué). Le second passage a été réalisé avec une rotative pour mélange et enfouissement en profondeur des copeaux (au moins environ 20cm), sans ce second passage, le sol est moins préparé et la reprise moins uniforme mais cela augmente le temps passé et donc la facture. Le coût a dépassé le plafond / ha pris en charge dans le dispositif.
La prairie a été réensemencée avec un « mélange suisse » semé et roulé par le prestataire dans la foulée des travaux d’ouverture à l’automne. Le GAEC a laissé la prairie monter toute la saison avant d’y faire rentrer les génisse presque 1 an après le semis.
Lors de la visite, les personnes présentes ont été impressionnées par la qualité de la reprise de la prairie sur cette ancienne sapinière.
Depuis les travaux, la parcelle est valorisée par fenaison (pour les parties les plus plates) et par pâturage des génisses sur l’aller et sur le retour de l’alpage (mi-juin et fin septembre). La parcelle n’ayant qu’un seul point d’eau en bas, le parc est progressivement agrandi du bas vers le haut.
Sur certains endroits de la parcelle ils peuvent accéder avec une tonne à lisier.
Pâturage, fenaison, broyage possible par endroit mais pas forcément nécessaire.
Certains agriculteurs présents ont pu témoigner de leurs différentes méthodes pour vaincre l’embroussaillement :
– s’appuyer sur les retours d’éleveurs du réseau patur’ajuste qui permettent d’aborder les choses par une toute autre perspective (exemple : des fermes pour lesquelles le ligneux est une ressource essentielle à ne pas épuiser) et notamment le bilan réalisé en 2024 par des fermes d’élevage pastoral iséroises accompagnées par l’ADDEAR38 (clic).
– y faire pâturer les animaux l’hiver quitte à leur amener du foin en complément dans des endroits stratégiques.
– mener une stratégie de limitation de l’étalement du ligneux en attaquant régulièrement, en phase d’élongation, à la débroussailleuse, ses bords ou ses rejets, laissant seulement un tire-sève, qui sera par la suite arraché, et en resemant dès que de la terre nue est à découvert.
– l’assiduité est un facteur clé : se dire « cette année c’est pas énorme on verra l’année prochaine » peut augurer d’un chantier beaucoup plus gros ensuite.
– il a été relevé qu’une stratégie pertinente sur le plateau des petites roches ne l’était pas forcément en Belledonne : gratter en surface le tapis de ligneux et y semer une culture d’hiver (exemple : avoine) pour empêcher la reprise du ligneux à la belle saison par colonisation de l’espace par la culture, ceci a fonctionné sur le plateau mais pas dans un village du balcon, les types de sols étant significativement différents.
La question du dessouchage a également été abordée : pas toujours possible en fonction de la pente, de l’équipement et des risques naturels, la coupe à ras, puis le rognage de la souche, peuvent paraître suffisants au début mais la souche ressort au bout de quelques temps par tassement voire érosion du sol autour, ce qui nécessite une nouvelle intervention si l’agriculteur souhaite garder sa parcelle fauchable dans de bonnes conditions. Par ailleurs, le rognage de souches de résineux est suffisante, alors qu’il est nécessaire de les arracher pour les feuillus, afin d’éviter les rejets. Le dessouchage est également source de remontée des blocs rocheux ce qui peut ajouter une phase supplémentaire de gestion des ces roches à prendre en compte.
En somme, le maintien des espaces agricoles ouverts est le résultat d’une stratégie sans cesse questionnée, testée et observée faisant interagir la dynamique de la végétation, le comportement des animaux et les contraintes du système d’élevage