« Lyon-Turin » : l’ADABEL demande un moratoire en l’absence de garantie

Contexte

Début 2025, un groupe d’agriculteurs du nord de Belledonne contacte le conseil d’administration de l’ADABEL (CA) pour qu’il prenne en main le sujet du projet ferroviaire “Lyon-Turin”. C’est la surprise parmi les membres du CA : « Lyon-Turin… il passe chez nous ? » « Depuis le temps qu’on parle de ce projet, ce n’est pas trop tard ? ».

Le président de l’association “Belledonne a Sa’Voix”, agriculteur à Détrier, commune savoyarde du contrefort de Belledonne, ainsi qu’un agriculteur retraité de Belledonne Nord, ancien membre du CA de l’ADABEL, sont venus à l’assemblée générale de l’ADABEL début 2025 pour évoquer le sujet auprès des adhérents présents, distribuer une plaquette synthétique expliquant pourquoi ils estiment qu’il faut se battre contre le projet, ainsi que demander à l’ADABEL de se positionner sur le sujet.

Abordé à nouveau en CA en avril 2025, les administrateurs de l’ADABEL sont restés prudents sur le sujet et ont décidé d’organiser une réunion d’information avec des personnes POUR et des personnes CONTRE afin de prendre position de manière éclairée.

Un long parcours du combattant sans aboutissement

A alors démarré une longue traversée du désert : trouver des interlocuteurs officiellement POUR est très compliqué. Nous avons pris contact avec SNCF réseau (qui fait la maîtrise d’œuvre du projet) et la préfecture de l’Isère, représentante de l’Etat sur le territoire, qui est le commanditaire du projet, mais ils ne nous ont jamais répondu : « silence radio des défenseurs du projet ». L’association pour le développement des transports en commun (ADTC), officiellement POUR, et ayant une antenne locale à Grenoble, a également décliné notre invitation et nous a renvoyé vers la page contact de la fédération nationale des usagers des transports (FNAUT).

Ce manque de mobilisation a questionné l’intérêt réel du projet au sein du CA : « si les personnes souhaitant la mise en place du Lyon-Turin sont elles-mêmes convaincues des bienfaits de ce projet, alors pourquoi ne viennent-elles pas le défendre ? » Cela porte le doute sur son utilité réelle.   

Contre toute attente, pendant les vacances de Noël 2025, via un contact personnel au sein de SNCF réseau, nous avons appris qu’ils ne se déplaceraient pas tant que le projet n’est pas mieux défini. Puis l’ADTC de Savoie nous a répondu, suite au message laissé sur le site de la FNAUT, que l’organisation d’une réunion d’information contradictoire pourrait se faire en apportant d’importantes garanties notamment sur le temps de parole mais aussi sur la sécurité des intervenants.

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Nous avons besoin de vous...

L’ampleur de ce projet nous dépasse. Nous qui avons l’habitude et le plaisir de travailler dans le monde réel, de personne à personne. Mais si ce projet n’est pas encore assez bien défini pour qu’ils viennent le présenter, c’est qu’il est encore temps d’agir.

Ne pouvant prétendre pouvoir évaluer les intérêts réels de ce projet, nous pensons vraiment qu’il aura des impacts négatifs sur l’agriculture de notre bassin de vie et qu’il mettra en difficulté des exploitations agricoles. Il est donc de notre devoir de relayer l’alerte, comme nous avons eu la chance de la recevoir de la part de Belledonne a Sa’Voix en 2025.

...pour défendre le foncier agricole

Le foncier c’est le nerf de la guerre. L’ADABEL est investie depuis toujours dans des projets de sauvegarde et développement du foncier agricole et ce n’est qu’un peu moins de 200 ha agricoles qui ont pu être remis en valeur depuis presque 15 ans grâce au concours financier des collectivités locales que nous sommes allées chercher (1). Nous sommes bien placés pour savoir que les hectares sont faciles à perdre et tellement difficiles à regagner : le “Lyon-Turin” fait partie des projets qui feront indéniablement reculer le foncier agricole du territoire et notre capacité de production alimentaire avec. Les terres agricoles ne doivent pas être vues uniquement comme le lieu pour porter les mesures compensatoires aux dégradations environnementales, mais comme véritable garde-manger de notre société.

On prend conscience de l’ampleur du projet quand on comprend par exemple que la parcelle de production de la pépinière La Devinière située à Détrier, sur les contreforts de Belledonne, chez qui de nombreuses fermes du territoire s’approvisionnent en plants d’arbres fruitiers, ne sera plus qu’un réceptacle à gravats issus d’un tunnel d’accès au tunnel principal (dit “descenderie”). Une ferme détruite juste pour un dépôt de gravats, qu’en sera-t-il lors de la création des kilomètres de tunnels principaux ?

Quand on connaît les difficultés liées à l’installation agricole sur notre secteur, et notamment la difficulté d’accès au foncier dans notre région à très fortes pressions et rétention foncières, ça met en colère, ça décourage, ça dégoute, ça fait presque perdre définitivement espoir.

...pour défendre la ressource en eau

Autre gros sujet d’inquiétude : l’eau. Nous avons appris qu’en Maurienne, suite au démarrage de la réalisation des tunnels de la section frontalière (à responsabilité européenne), il y a eu un assèchement brutal des sources historiques. Nous nous permettons de craindre qu’il en soit de même en Belledonne. Certaines communes du coteau de Bramefarine sont régulièrement asséchées, nous sommes perplexes pour le jour où un trou béant se trouvera quelque part sous ces communes, siphonnant littéralement tous les réseaux d’eau naturels actuels. Belledonnne a Sa’Voix nous avait d’ailleurs interpelés sur la pertinence de se réjouir de l’installation de maraîchers sur le bassin versant du Breda car cette ressource pourrait devenir incertaine.

Nous nous permettons de vous rappeler que sans eau, il n’y a pas d’agriculture et donc pas de nourriture.

...pour ne pas sacrifier le potentiel de production alimentaire de notre bassin de vie

Dépassés par cet énorme projet dont on peine à trouver le vrai intérêt, nous avons décidé d’alerter nos élus locaux pour qu’ils portent haut et fort nos inquiétudes et reviennent avec des garanties. Nous ne sommes pas experts du sujet alors nous leur exposons simplement que, si ce projet se fait, si ce projet sacrifie tout un potentiel de production alimentaire de notre bassin de vie, alors nous avons besoin de savoir que ce sera pour des raisons qui en valent vraiment la peine. C’est en effet leur devoir (et leur salut) d’évaluer l’intérêt général des projets avant de les mener, et c’est ce que nous exigeons pour le “Lyon-Turin”.

Au local, nous nous reposons sur l’association “Belledonne a Sa’Voix”, qui nous avait alertés sur le sujet et qui est soutenue par de nombreuses fermes du territoire. Une fois de plus, si les associations ne sont pas là pour défendre des causes nobles, il n’y a que l’enjeu économique (court termiste et biaisé) qui est pris en compte… Alors nous vous encourageons vous aussi à vous rendre à leurs réunions publiques d’information, à adhérer ou à faire des dons pour leur permettre notamment d’intenter des démarches en justice afin d’arrêter le projet.

(1) Département de l’Isère, Communauté de communes Le Grésivaudan, Grenoble Alpes Métropole