C’est du jamais vu en Isère, depuis début août 2024, la fièvre catarrhale ovine (ou FCO) a occasionné d’innombrables pertes d’animaux ruminants. L’élevage subit une crise encore jamais vue dans le Département.
Cette maladie, transmise par un moucheron piqueur aux animaux ruminants n’est pas transmissible à l’homme (d’où le terme d’épizootie, voir la définition en bas de page).
Cette maladie est connue sous 3 formes (ou 3 sérotypes) : la FCO 4, la FCO 8 et, depuis 2023 seulement en Europe, la FCO 3. L’Isère a été le foyer d’un nouveau variant très agressif de la FCO 8 début août. Les services sanitaires ont été surpris, la mise en place d’actions de protection n’a pas été immédiate, les pertes ont été rapides et considérables, les services d’équarrissage et vétérinaires débordés et les éleveurs démunis.
En effet, au-delà de la perte immédiate de certaines têtes du cheptel, pour les bêtes qui en survivent cela occasionne des baisses considérables de production laitière ainsi qu’une baisse de la fertilité, une perte de poids ou encore des boiteries.
Pour les éleveurs, qui ont perdu jusqu’à 75% de leur troupeau, s’ils ne comptaient que sur la reproduction de leur troupeau restant, il leur faudrait plusieurs années pour le reconstituer et retrouver un outil de travail adapté. Alors certains éleveurs vont essayer de racheter des bêtes ailleurs, mais avec quel argent puisque leurs bêtes sont mortes et n’ont pas pu être valorisées ? Ils vont essayer de racheter des bêtes au risque qu’elles ne soient pas sélectionnées et élevées comme ils l’auraient fait, et par exemple pas adaptées à la végétation des pentes de Belledonne. Et certains ne vont pas essayer d’en racheter et vont arrêter l’élevage après ce coup trop dur…
Et la bataille n’est pas terminée. Pour les bêtes saines, des vaccins contre la FCO 8 sont arrivés, à la charge des éleveurs (environ 8€ les 2 doses de vaccin). Mais le choix de la vaccination n’est pas simple à faire : la période d’incubation du vaccin peut provoquer des problèmes au début et à la fin des gestations, le vaccin pourrait avoir une incidence sur la fertilité des mâles, il nécessite 2 piqûres à 3 semaines d’intervalle, la logistique est donc conséquente pour vacciner tout un cheptel souvent réparti en plusieurs troupeaux alors que les injections sous-cutanées peuvent occasionner d’autres problèmes à surveiller comme des inflammations ou des kystes… Le sérotype 8 étant déjà bien répandu depuis début août sur le département, l’intérêt de vacciner maintenant n’est pas évident.
Par ailleurs, un variant plus agressif de la FCO 3 progresse en ce moment même depuis le nord de la France jusqu’aux portes du Département. Les vaccins associés viennent d’être mis à disposition gratuitement chez les vétérinaires avec les mêmes problématiques que pour celui de la FCO 8. Les éleveurs semblent plutôt s’orienter vers cette vaccination mais la lutte n’est pas finie.
Alors on vous demande du soutien (beaucoup de soutien) pour les éleveurs touchés par l’épizootie : l’impact sur la production locale de lait et de viande va se ressentir sur cette fin d’année mais aussi et surtout sur l’année 2025. La quantité sera réduite, mais achetez local quand la production est encore là et restez fidèles même si elle s’arrête un temps, les éleveurs auront besoin de vous au redémarrage. Participez aux financements participatifs qui vont certainement émerger pour aider à reconstituer les cheptels. Et s’il vous plaît, faites preuve d’indulgence si les prés ne sont pas aussi bien entretenus cette année et pour la période à venir puisqu’il y aura moins de bêtes, ou en tout cas pas seulement celles qui ont été habituées à vivre ici.
A l’heure où on écrit cet article, le tout nouveau gouvernement n’a fait aucune annonce sur un éventuel soutien à la profession.
Quelques chiffres au 20/09/24 (Source Chambre d’Agriculture de l’Isère) :
-Foyers déclarés : 421 en bovins, 242 en ovins, 12 en caprins
-Pertes estimées : 600 bovins et 4000 ovins
-Suspicions : 485 bovins, 310 ovins, 26 caprins, 14 ruminants divers
à noter que :
– un même élevage réparti en plusieurs troupeaux peut représenter plusieurs foyers de contamination
– avec seulement 184 exploitations de plus de 50 brebis recensées en Isère en 2020, c’est la quasi totalité de la filière départementale qui est touchée.
Source Wikipedia :
Une épizootie est une maladie frappant, dans une région plus ou moins vaste, une espèce animale ou un groupe d’espèces dans son ensemble.
Une épizootie peut se transformer en zoonose si elle se transmet à l’humain (c’est par exemple le cas avec l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), qui a frappé la Grande-Bretagne et s’est transmise à l’humain sous le nom de maladie de Creutzfeldt-Jakob). Elle peut alors éventuellement évoluer en épidémie (le pendant humain de l’épizootie). Selon l’OMS, c’est le cas de la grippe aviaire (une épizootie) qui pourrait devenir contagieuse pour l’humain (une zoonose) et devenir très contagieuse entre les humains eux-mêmes (une épidémie).