L’agriculture de Belledonne

  • En bref

    L’agriculture de Belledonne mêle des spécificités de montagne, en situation péri-urbaine.

    En chiffres, ce sont 215 exploitations agricoles sur 4 978 ha de Surface Agricole Utilisée [1].

    Sur le total d’exploitants, 47% sont à temps plein, 38% sont double-actifs et 15% sont retraités (ADABEL, 2009). Globalement, le Recensement Général Agricole 2010 recense 267 équivalents temps plein.

    85 % des exploitations sont orientées sur l’élevage, bovin viande principalement, mais aussi bovin lait, ovin et caprin.


    .........................................La vallée du Grésivaudan, surplombée à l’est par la chaîne de Belledonne

    Une agriculture de montagne péri-urbaine

    Surplombant la vallée du Grésivaudan, sur l’axe de communication Grenoble-Chambéry, Belledonne est une montagne à étages. L’agriculture occupe l’espace des balcons, collines bordières qui assurent la transition entre la vallée urbanisée et les haut sommets, à des altitudes allant de 400 m à 1100 m environ. Les surfaces sont en grande majorité herbagères.

    L’agriculture est soumise à d’importantes contraintes : les pentes sont fortes et seuls 50% des terrains sont mécanisables, le travail a une productivité faible, les déplacements sont difficiles, les parcellaires sont morcelés. De plus, la proximité des agglomérations induit une forte pression résidentielle et touristique, et donc une complexité dans le partage de l’espace entre utilisateurs.

    Mais l’influence périurbaine se traduit aussi par un grand bassin de consommation de presque 100 000 habitants sur Belledonne et la vallée du Grésivaudan, et une fréquentation touristique soutenue, ce qui représente un atout considérable pour la vente des produits agricoles et l’agritourisme.

    85% des exploitations sont orientées sur l’élevage

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    Les bovins et ovins passent 6 à 8 mois de l’année en étable, sortent sur les coteaux pentus en intersaison, et pour la plupart, montent en alpage l’été. Les quelques parcelles mécanisables sur les secteurs plus plats sont stratégiques pour la production des fourrages d’hiver, essentiellement du foin.

    En plus des produits d’élevage dominant (viande bovine, ovine et lait), une petite quinzaine d’exploitations assurent une diversification : céréales avec transformation en pain sur le sud du massif, production de miel, de volailles de chair, d’œufs fermiers, de légumes, de viande porcine, entre autres.

    Une orientation de plus en plus marquée sur les circuits de vente de proximité

    Il s’agit d’exploitations de taille petite à moyenne (22 ha en moyenne selon le RGA2010). Pour assurer leur revenu, les exploitants ont des stratégies différentes :

    • Un tiers des exploitations sont des exploitations d’élevage tournées sur des filières de vente longues. De dimension petite à moyenne, ces exploitations ont souvent des problèmes de rentabilité économique. Pour plus de la moitié des exploitants, il s’agit d’une double-activité qui leur dégage un complément de revenu.
    • Un autre tiers des exploitations (élevage et la totalité des autres productions), se sont tournées complètement ou en partie sur la transformation et/ou la vente directe (production dite « fermière »). Elles répondent à la forte demande des résidents et des touristes en produits locaux de qualité, et misent sur la création de valeur ajoutée : transformation de lait en fromage, découpe de viande, etc. Certaines participent à la vie touristique du massif (gîte, auberge...).
    • Enfin, il y a 30% d’exploitations patrimoniales, dont la logique est l’entretien de propriétés familiales, sans stratégie économique marquée. Les agriculteurs qui souhaitent vivre de leur métier ont du mal à accéder au foncier qu’elles mobilisent, qui reste dans cette sphère affective ou spéculative.

    Une double-activité historique, qui a fait perdurer de petites structures agricoles

    Au XIXème siècle, à l’image de l’agriculture française, Belledonne fait vivre de très nombreuses petites exploitations familiales de polyculture-élevage. Déjà, beaucoup de paysans pratiquent des activités artisanales complémentaires : horlogerie, ganterie, tissage...

    Dès la fin du XIXème siècle, la plaine du Grésivaudan connait un fort essor industriel : de nombreuses usines s’implantent (papeteries, mines, usines d’hydroélectricité) et recrutent de la main d’œuvre en montagne. C’est ainsi que nait sur Belledonne une catégorie professionnelle : « l’ouvrier-paysan ». Plus tard, avec l’arrivée des stations de sports d’hiver, la saisonnalité des emplois permet de faire durer ce système de double-activité ou pluri-activité des agriculteurs jusqu’à aujourd’hui.

    Mais d’autres paysans quittent aussi définitivement l’activité agricole. Et conformément à la dynamique globale en France, le nombre d’exploitations diminue. En phase avec la dernière révolution agricole, celles qui demeurent se mécanisent, se spécialisent. Mais leur agrandissement est freiné par la permanence de ces générations d’agriculteurs double-actifs, qui ne vivent pas exclusivement de leur activité agricole, mais qui ne lâchent pas pour autant leur ferme familiale. En conséquence, les espaces les moins accessibles sont peu à peu abandonnés, et les agriculteurs qui restent se réservent les parcelles de proximité.

    Les fermes demeurent donc de petite taille (13,9 ha en moyenne en 1988), et peu productives. Les double-actifs investissent un peu sur leurs fermes, en matériel notamment, avec leur salaire extérieur, mais moins sur des aspects techniques comme la génétique, ou sur la modernisation des bâtiments.

    Ces double-actifs ont abandonné progressivement la production laitière pour l’élevage de mère allaitantes, plus compatible avec la double-activité. Ainsi, la production laitière a fortement diminuée sur Belledonne.

    Aujourd’hui, il reste une dizaine d’exploitations laitières, contre plus de 300 en 1985 :

    La moitié d’entre elles se sont tournées sur la transformation et la vente directe (550 000 litres de lait par an sont transformés en vendus en fromage sur Belledonne). Sept d’entre elles dépendent de la collecte laitière, réalisée aujourd’hui par la coopérative SODIAAL Union, pour 1 million de litres livrés par an.

    Tant qu’elle est là, l’agriculture fait partie du paysage. Elle rattache au passé, aux valeurs « traditionnelles ». Ce n’est que quand le décor se détériore, que la broussaille gagne du terrain, qu’on comprend que le paysage qu’on pensait immuable est le résultat d’un travail. Et que ce travail dépend de son assise foncière, bien fragile...

    La précarité foncière, talon d’Achille de cette agriculture

    L’agriculture est prise en étau entre l’urbanisation et la forêt.

    Préserver l’assise foncière de l’agriculture, c’est d’abord préserver les espaces agricoles stratégiques : les quelques terrains labourables cultivés en céréales, les terrains mécanisables utilisés en prairies de fauche et les pâtures de proximité pour les troupeaux laitiers.

    Or, sur l’ensemble du massif, ces terrains labourables ou mécanisables sont rares !

    Sur les contreforts du massif, seulement 1,7% de terres labourables et 38% de terres mécanisables !

    Or, ce sont ces mêmes surfaces plates qui sont prisées par l’essor de l’urbanisation. Témoin de la pression résidentielle qui s’exerce sur l’espace agricole, la population de l’ensemble des communes de Belledonne a fortement augmenté : elle est passée de 19 846 habitants en 1990, à 24 096 habitants en 1999, puis à 27 255 habitants en 2006.

    Les conséquences directes sont :

    • la concurrence avec l’agriculture : l’affectation de terrains plats à l’urbanisation déstabilise les exploitations, et entraîne l’abandon de surfaces pentues qu’elles exploitent par ailleurs.
    • un décalage croissant entre le prix du foncier agricole (régulé par la SAFER) et le prix du foncier bâti (connecté à la loi du marché). Ce décalage crée une forte spéculation sur la terre : les propriétaires attendent ou font pression pour que leurs terrains soient constructibles ; ils sont réfractaires à les vendre ou à les louer, dans l’attente du « jackpot ».

    Cette spéculation fragilise fortement l’activité agricole, en précarisant son foncier : les familles qui abandonnent l’agriculture gardent leurs terres ; celles-ci se divisent au fil des successions. Les agriculteurs qui restent deviennent dépendant de multiples locations, et celles-ci sont de moins en moins formalisées. Ainsi, en moyenne un agriculteur a 70% de ses terres en location, et parmi elles, la grande majorité sont verbales (hors statut du fermage). L’agriculteur peut donc perdre un terrain à tout moment.

    Préserver le foncier agricole, c’est aussi lutter contre la friche. Les agriculteurs ont des difficultés à entretenir les parcelles les plus éloignées, les plus difficiles d’accès, les plus pentues (manque de matériel adapté, de main d’œuvre). Souvent, l’entretien de la parcelle est plus couteux que le revenu agricole qu’elle génère. Par ailleurs, certaines propriétés dans des secteurs de coteaux ne sont plus relouées au fil des successions, des transmissions. La multitude de propriétaires dans certaines zones ne facilite pas les liens avec les agriculteurs. Pour de multiples raisons, la friche gagne certains secteurs, et rapidement. Après 2-3 ans de friche, inverser le phénomène et récupérer la parcelle demande un travail coûteux.

    L’agriculture, partenaire du dynamisme et de l’attrait du territoire

    L’agriculture est pourtant essentielle à Belledonne ! C’est à la fois :

    • Un potentiel d’approvisionnement local en aliments de qualité : La demande en produits locaux de qualité va en augmentant et dépasse l’offre actuelle ; aujourd’hui c’est même la restauration collective que beaucoup d’élus souhaiteraient approvisionner localement. Il existe des producteurs de lait et de viande prêts à adapter leur production et leur commercialisation dans cette perspective, à condition de disposer des moyens techniques, financiers et fonciers nécessaires pour que leur activité devienne viable et durable.
    • Du dynamisme économique et social dans les villages : L’agriculture contribue au maintien d’actifs dans les villages de montagne, où la grande majorité des résidents travaillent à l’extérieur. Dans certains villages, elle fait partie des dernières activités économiques. Miser sur l’agriculture, c’est veiller à une diversité des activités économiques.
    • Des attraits touristiques pour Belledonne : L’agriculture met en valeur le cadre magnifique des montagnes de Belledonne. Elle façonne les paysages ruraux, les maintient ouverts et agréables pour les résidents ou les visiteurs. Beaucoup de fermes ont aussi développé des activités touristiques : gîtes, tables d’hôte, accueil à la ferme... et attirent les touristes en quête de calme, de convivialité et de bons produits.
    • Un paysage ouvert et agréable : Un grand merci aux éleveurs, qui limitent le développement de la friche par leur travail.
    • Des effets positifs sur l’environnement : mise en valeur de pelouses sèches, de zones « Natura2000 », d’Espaces Naturels Sensibles, protection contre les risques d’incendie ou d’inondations, chargements d’animaux à l’hectare optimaux pour maitriser l’enfrichement sans surpâturage (entre 0,5 et 1,4 UGB/ha), bilan azote faible (moins de 30 kg/ha), dépendance énergétique faible.

    Pour tous ces aspects à la fois économiques, sociaux et environnementaux, l’agriculture est au centre du développement durable de Belledonne.
    Et c’est ce qui fédère l’ADABEL.

    Pour en savoir plus, vous pouvez consulter l’étude réalisée en 2008 sur le massif de Belledonne par la Chambre d’Agriculture de l’Isère :

    PDF - 1.2 Mo
    Etude 2008 rapport final
    PDF - 670.1 ko
    Etude 2008 synthèse
    PDF - 159.4 ko
    Etude 2008 fiches communales

    [1Recensement Général Agricole 2010

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